En ce mois d’octobre, la rédaction a décidé de consacrer à sa rubrique une édition mensuelle spéciale. En effet, afin de préparer Halloween dans de bonnes conditions, Break’intellect vous propose plusieurs sujets sur l’horreur, l’épouvante, le sale ! Aujourd’hui, cap sur la transmission de la peur : qu’est-ce qui fait une bonne histoire ? Comment le frisson nous est-il parvenu, du bon roman gothique jusqu’à The Dark Pictures Anthology de Supermassive Games, en passant par les séries à sensation et les vidéos Youtube ? C’est ce que nous allons tenté d’analyser dans ce nouvel épisode de Break’intellect.

Horresco referens, la poétique de l’horreur

Dans l’Antiquité, l’horreur n’est pas un genre à part entière, et ne le sera pas avant de nombreux siècles. Si l’épouvante est bel et bien présente, c’est pour qualifier des épisodes précis de certaines œuvres, qui possèdent déjà un genre, comme l’épopée. Dans le Roman d’Eneas, Énée se remémore la chute de Troie, peinte sur le temple de Junon. Les combats sont sanglants, les dieux sans pitié et la panique règne en maître.

“Il y a des larmes pour l’infortune et la misère humaine touche les cœurs”

L’horreur est introduite également dans les tragédies romaines, mais elle est mal accueillie : jugée comme un défaut de goût, l’horreur est camouflée ou euphémisée. Elle est pourtant définie, déjà à l’époque, comme le “témoignage d’événements inouïs, provoquant un effroi aussi inaccoutumé qu’insoutenable“. La peur provoquée réside dans certains lieux, phénomènes, et entités relevant du divin. Plus encore, la littérature antique s’attarde sur l’horror ad odium “horreur suscitant l’aversion” : si ce registre met en scène des événements emplis de laideur et de noirs desseins, la notion de violence excessive et physique reste le fil rouge de l’horreur. Détaché des guerres, l’épouvante n’a pas lieu d’être.

Quête chevaleresque ou rachat de conduite ?

Le Moyen-Âge fait fi de l’horreur, qui n’est pas dans le top 3 des sujets préférés des romanciers, à savoir l’amour courtois, la chevalerie et la narration historique vraisemblable. Toutefois, les œuvres de cette époque aiment prôner les idylles, le fin amor (amour parfait et raffiné) qui, lui, repose sur l’horreur. Les romans arthuriens ne font pas exception : amour adultère entre Guenièvre et Lancelot qui mène à la guerre, Mordred né d’un viol incestueux entre Morgane et le roi Arthur lui-même.. la liste peut être longue. En somme, les beaux univers médiévaux ne sont qu’une apparence ou une finalité : l’horreur n’est pas loin pour autant !

Renaissance, censure et guerres de religion

Là encore, les conflits continuent ! Le 16ème et 17ème siècle sont particulièrement attachés à la religion, sacro-sainte autorité en-dessous de celle du roi. Une devise de l’époque résume parfaitement le concept : “Un roi, une foi, une loi“. Autrement dit, toute atteinte envers la monarchie ou la religion est passible de mort, sans parler des guerres entre catholiques et protestants connu sous le nom de Massacre de la Saint-Barthélémy. L’horreur réside implicitement dans la peur de la mort, les Vanités, le courroux de Dieu. De plus, le roman n’a absolument pas bonne réputation ! On préfère les récits de voyage qui dénotent de l’horreur du colonialisme, les mariages arrangés entre autres. Il n’y a qu’à lire les œuvres de Montaigne, Molière, Voltaire ou de LaFontaine ! Vous pensiez que les fables n’étaient que pour les enfants ? En parlant de ça..

Horreur
Massacre de la Saint-Barthélémy

Contes pour enfants et romans gothiques

Du côté anglophone du monde, l’horreur est partagée entre les contes des Frères Grimm et le roman gothique et ses créatures fantasques. Charles Perrault, qui est français, se démarque avec les Contes de ma mère l’Oye, ainsi que Maupassant et les Contes de la Bécasse. Revenons aux contes pour enfants : que se cache derrière l’histoire du Petit Chaperon Rouge, de Cendrillon, de Mulan ? Sans en dire trop, il faut savoir que cela se solde par une mort douloureusement longue.

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Le loup est en fait l’incarnation de la pédophilie

Quant à Edgar Allan Poe, il fait partie des premiers écrivains du genre fantastique. Todorov le définit comme “l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement en apparence surnaturel“. En clair, il est difficile de trouver une explication rationnelle voire une explication simple aux événements d’une histoire, incluant souvent une part de paranormal. L’horreur insère dans le récit une part d’incertitude, une pression constante que l’on retrouve dans les jeux vidéo actuels du même genre. 

Et de nos jours ?

Si nous connaissons déjà Stephen King, l’épouvante est aussi la madeleine de Proust de romanciers français ! Pierre Bellemare, Maxime Chattam, Franck Thilliez, il y en a pour tous les goûts. Nous parlions jusqu’ici de romans, mais la culture nippone est friante d’horreur tout autant que les Français. On peut citer le manga Judge ou le film The Ring, dont l’horreur est réellement terrifiante. Pas de jumpscare ou de gore (dans les films du moins), mais une caméra parfaitement bien utilisée pour susciter un stress intense et une peur sans nom du noir.

Horreur

Expérimentation cinématographique

Quand le cinéma s’est attelé au genre fantastique et horrifique, il a fallu user de diverses stratégies afin de faire trembler le public. Si les premiers films étaient en noir et blanc et ne croulaient pas sous les intrigues, il faut y reconnaître un certain charme par les musiques poignantes et la performance des acteurs. Beaucoup de genres se sont créés et/ou se sont mélangés : on peut penser au slasher (Vendredi 13, Halloween), la science-fiction (Alien, The Thing), les thriller (Le Silence des Agneaux, Seven), le paranormal (Scary Stories, Ouija, The Exorcist).

L’horreur n’est pas toujours une source d’angoisse de nos jours : de nombreuses parodies sont apparues (Mords-moi sans Hésitation, la saga Scary Movie) et tendent à dédramatiser les opus originaux. Un bon moyen de se détendre après les sueurs froides ! À l’inverse, certaines créations sont des histoires vraies reconstituées pour le grand public. La liste est évidemment longue, mais des exemples viennent facilement à l’esprit (Le Dahlia Noir, les Dossiers Waren) et ça ne laisse pas de marbre ! L’être humain semble être plein de “ressources”..

(Ré)inventer l’horreur et devenir auteur

Nous l’avons vu au fil de cet article, l’épouvante et l’horreur ne sont en aucun cas des sources taries ! De nombreuses personnes créent des sites spécialisés dans ce thème afin de partager leurs frissons, notamment avec les creepypasta. Ce terme est un mot valise anglais qui vient de creepy (effrayant, qui crée un malaise) et copy paste (copier-coller). Ce sont de courtes histoires effrayantes qui sont donc diffusées massivement. Le phénomène existe depuis environ 2007 mais n’était pas très populaire.

Horreur
Slender Man est une création pour une creepypasta !

Aujourd’hui, vous pouvez trouver beaucoup d’histoires ainsi qu’un florilège de sujets ! Si lire n’est pas votre passe-temps favori, vous avez l’opportunité de les écouter sur Youtube. En effet, certains Youtubeurs en font leur sujet, soit en racontant des creepypasta, soit en relatant des threads (histoires terrifiantes) sur des sites comme Reddit. À vous de trouver l’histoire (ou la voix) qui vous convient ! En termes de création, les jeux vidéo ont fait un très long chemin pour arriver aux opus que l’on connait (voir cet article pour plus d’informations).

C’est tout pour aujourd’hui. N’hésitez pas à nous donner votre avis. Et Joyeux Non-Halloween !

On te laisse la parole :